Musique

Interview d’Olivia Oh 閻韋伶 / Utopia 世外桃源樂團

Il y a un an, dans le cadre du 48ème Clip de la Semaine, je vous présentais l’artiste taiwanaise Yan Weiling 閻韋伶, alias Olivia Oh, à l’occasion de la sortie du premier album de son projet Utopia 世外桃源樂團. Aujourd’hui, pour faire plus ample connaissance avec la pop électro rêveuse et l’univers envoutant du groupe, voici une interview de l’artiste, afin d’en savoir un peu plus sur elle, son passée musicale ainsi que sur Utopia.

Bonjour Olivia et merci pour avoir accepté cette interview. Pouvez-vous présenter pour les personnes qui ne vous connaissent pas.

Mon nom chinois est Yan Weiling 閻韋伶 et mes amis proches m’appellent Olivia. J’ai grandi dans une famille ordinaire. Ma mère est fonctionnaire, mon père est vendeur d’assurance, et j’ai une sœur, plus jeune que moi de six ans. Je suis allée dans une école de langue en Espagne pendant trois ans. Cette période fut pour moi la « musique des Lumières ». J’ai écouté beaucoup de musique populaire latine et joué de la guitare folk classique. Après ces trois années, quand je suis retournée à Taiwan et j’ai décidé de devenir musicienne. Mais j’ai eu une grosse dispute avec mes parents. Ils pensaient que la profession de musicien allait rendre ma vie instable. Donc, j’ai quitté la maison… (mais ils comprendront, dans les quelques années).

Pouvez-vous nous parler de comment vous avez débuté dans la musique ?

Au début, j’ai commencé dans un espace de performances musicales à Taiwan. Le nom de ce live house est « The Wall ». L’idée était que je puisse payer pour les frais de séjour là-bas et voir beaucoup de concerts. J’avais 19 ans.

Il y a aussi le travail de mes employés et moi qui avons monté un premier groupe du nom de Ganache. Pourquoi Ganache ? Car c’est notre dessert préféré et nous croyons que la musique peut apporter du plaisir aux gens comme un dessert. Nous faisions de la musique de style trip-hop, parce que les membres du groupe et moi avions écouté beaucoup de musique électronique, comme Air, Massive Attack, Portishead, Björk… Mes créations sont profondément influencées par ces artistes / groupes. Pour l’une des prestations de Ganache, un réalisateur est venu voir notre show. Il était en préparation d’un film à ce moment-là, et après avoir voir notre live, il est venu me trouver pour que je participe à l’un des rôles dans le film (wiki du film). En plus de ça, je chante aussi sur l’OST. Après la sortie du film, une maison de disques est venue me trouver pour sortir un album.

Vous êtes devenue célèbre avec le morceau « Silly Kid », sorti sur votre premier album en 2007. Pouvez-vous nous présenter cette chanson ?

Le morceau Silly Kid n’est pas ma création. La maison de disque a trouvé quelqu’un d’autre pour écrire le morceau. A ce moment, j’étais considérée comme une « interprète » et j’ai accepté cet arrangement car j’avais un besoin urgent de prouver à ma famille que je faisais quelque chose dans la musique.

Silly Kid a finalement été finaliste des 19èmes Golden Melody Awards. Même si en réalité je pense vraiment que c’est du cœur que viennent ses propres créations, je suis toujours reconnaissante envers cette chanson, bien qu’elle ne soit pas ma propre création. Grâce à elle, de nombreuses personnes m’ont découvert.

Dans le MV de ce morceau, on peut voir l’actrice Pei Lin 裴琳 et vous échanger à deux reprises des baisers. J’ai lu que c’était la première fois que des baisers lesbiens étaient montrés dans un MV. Est-ce vrai ?

Oui, c’est la première fois qu’un baiser lesbien était montré dans un MV à Taiwan. L’idée vient de la maison de disques. Comme dans de nombreux pays, il y a de nombreux gays à Taiwan. Et j’ai toujours soutenu les droits de gays, même si je suis hétéro. Je pense que le Music Video est un art. Il peut dire beaucoup de choses que le public ne peut pas. À propos de l’expérience du baiser, c’était très excitant et tendue. Nous avons bu beaucoup de Whisky avant de s’embrasser… C’était la première fois que j’embrassais une fille.

Contrairement à d’habitude, vous avez choisi de quitter le monde de la musique « mainstream » pour revenir à la musique indépendante. Pourquoi ce choix ?

J’ai décidé de quitter le monde de la musique « mainstream » pour retourner à la musique indépendante car en plus d’être une chanteuse, je veux exprimer ma propre créativité. Je ne peux pas ignorer mes désirs pour la musique électronique. J’espère que Taiwan pourra avoir la possibilité de produire de nombreux types de musiques différentes. Donc, si je l’ai créé, pourquoi ne pas franchement la publier. Je veux faire quelque chose de différent.

Parlons un peu du projet Utopia. Pourquoi ce nom ?

Parce que je veux créer un monde de musique, où les gens peuvent être laïque et libérer leur âme.

Pour ce projet vous êtes entourez d’un groupe. Présentez-nous un peu les différents membres.

Utopia est composé d’un guitariste (小各), d’un DJ (Pilot K), d’un batteur (Fuck) et d’une chanteuse, moi. Généralement, j’écris les paroles et la chanson, puis nous complétons en nous arrangeant ensemble.

Vous présentez Utopia comme « The first urban ambient electronic female vocal group in Taiwan ». Pouvez-vous nous en dire un peu plus à propos de ça ?

Aujourd’hui, progressivement, il y a beaucoup de différents types de musique produites à Taiwan. Mais le public a pour habitude de n’écouter encore principalement que de la musique pop. En réalité, la culture de la musique électronique n’a germé que récemment. Mais il y a beaucoup de plateformes pour que le public entendent et comprennent. Donc, nous essayons constamment d’innover et d’utiliser divers moyens tels que la télévision ou la radio, pour permettre au plus de gens possible d’écouter de la musique électronique et d’être prêt à venir aux concerts. Récemment, nous sommes allés jouer à Jakarta. C’est aussi une façon de monter au monde qu’il y a aussi de la musique électronique à Taiwan. Même ce n’est pas facile, nous continuons à travailler dur. Espérons qu’un jour, la musique taiwanaise puisse également être connectée avec le monde.

La musique de Utopia est caractérisée par une atmosphère sonore très travaillée et un univers très personnel. Pouvez-vous nous parler un peu de cet univers ?

C’est une musique avec une atmosphère un peu triste mais dans le même temps pleine de puissance. Ceci est le résultat de la sortie de Silly kid où je suis passé par une période de cinq ans de différents contractuels concernant l’enregistrement. La maison de disque m’a gelé, me forçant à leur donner au final une compensation de NTD 750.000 (ndlr : soit un environ 19.000€). Parce qu’ils ont des problèmes de fonctionnement…

C’est dans cette situation, durant ces 5 années, à travers ces expériences, que j’ai écrit toutes les chansons de Utopia. Donc j’espère pouvoir utiliser la musique électronique pour exprimer la tristesse et donner aux gens la force d’affronter la vie.

Quels sont les messages que vous voulez transmettre à travers votre musique ?

Je veux créer un monde de musique, où les gens peuvent vivre de façon laïque et libérer leur âme.

Le premier album d’Utopia est sorti fin 2012. Pouvez-vous nous le présenter ?

Sur cet album vous pouvez voir les merveilles de la création sonore, comme une sorte de livre de contes de fées pour adultes. Si vous l’écoutez la nuit, vous serez capable de vous échapper dans un autre univers.

Vous avez récemment joué au Java Rockin Land. Comment était ce concert ? Comment avez-vous été reçu par le public ?

Nous avons eu l’opportunité d’une tournée. Nous voyons comment ils survivent dans différentes régions du monde. Nous avons été surpris que l’Indonésie ait aussi des groupes de musique électronique. Nous avons partagé leur expérience créative à la fois pour leur propre pays et ce monde d’idée. La musique mainstream indonésienne est le heavy metal rock, c’est très intéressant. Même si nous venons d’un pays différent, l’Indonésie a toujours des fans passionnés dans le public, nous sommes très touchés par ça.

J’ai vu que vous avez fait une cover de Run de Snow Patrol. Comme j’aime beaucoup ce morceau, que signifie / représente ce morceau pour vous ?

Pendant ces cinq années d’agonie, j’ai écouté leurs morceaux, donc j’ai fait ma propre adaptation. En plus du souvenir de ces jours, mais aussi pour payer mon tribut à Snow Patrol. Ils ne le savent pas, mais leur musique a beaucoup aidé des personnes dans la douleur.

Vous avez développé une application (iOS) qui prend la forme d’un livre d’images virtuelles. Parlez-nous un peu plus sur ce projet.

Car les smartphones et beaucoup d’applications se sont développés. Nous essayons d’amener les gens à une compréhension plus profonde de la musique elle-même et la création à travers le jeu mobile. Peu à peu, nous avons trouvé que la musique exige plus qu’un simple moyen afin de la faire comprendre aux gens et iOS est une manière moderne de faire cela rapidement. Les peintures présentes à l’intérieur du programme sont des réalisations personnelles de mon temps libre. C’est aussi un moyen de me détendre quand j’écris des chansons. IOS est aussi connecté à Internet et Facebook. De même, le groupe lui-même peut avoir et apprendre un grand nombre d’informations des gens à grâce à ça.

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Quel est votre point de vue sur la scène musciale taiwanaise ? Par rapport à la scène musicale chinoise ?

Taiwan ne comprends toujours pas la musique en dehors de la musique pop. Mais notre culture et géographie ayant toujours été ouvertes, je pense sérieusement que de nombreuses personnes à Taiwan devraient être plus détendues. Ainsi ils seraient en mesure d’avoir plus de temps pour écouter de la musique, et beaucoup plus de bonnes choses. Un peu plus de réflexion et un peu plus affirmée, voire agressif est également très bon.

Comparé aux autres économies asiatiques, Taiwan est une ile. Nous recevons des choses de tous les côtés, incluant l’Europe et les USA. Nous sommes bons pour absorber ces choses et pour les transférer dans nos « nutriments ». La création chinoise devient ainsi unique pour nous. Pour les chinois, la musique pop taiwanaise a commencé un peu plus tôt. Nous leur offrons certaines informations. Mais la culture chinoise est profonde. Sous l’impact des autres cultures, la Chine et Taiwan s’inspirent mutuellement l’un l’autre pour que la musique aille de l’avant. Nous avons écouté nombres de leurs groupes et ils ont écouté nombres de nos morceaux populaires. Si nous faisons abstraction de la politique, en manière de musique, en fait, nous nous incitons mutuellement.

Pour les personnes vous découvrant avec cette interview, quel morceau leur conseillez-vous comme la plus représentative de votre univers ?

Mon morceau favori est The Greatest Distance is Leaving Yourself Behind, ainsi qu’une démo nommée « Just Don’t », voici le lien https://soundcloud.com/deepsoulelectro/just-dont. La raison pour laquelle je présente ces deux morceaux est que le premier représente les personnes semblant hésiter à chaque étape de la vie et le second est une utopie (après avoir mené la direction dans la musique).

Pour terminer, avez-vous un message pour vos auditeurs français ?

Finalement, merci à Yodan pour cette interview avec nous. Merci, de nous permettre de pouvoir publier nos idées en France. Pour la France, nous voulons vous dire que vous avez été dans nos cœurs comme des symboles représentatifs de la beauté et de la liberté. Si nous en avons l’occasion, nous tenons à venir pour faire des concerts.

Remerciements à Olivia pour sa disponibilité et pour le temps qu’elle a consacré à l’interview.
Si des tournures de phrases ou des points vous semblent bizarres n’hésitez pas à me le signaler.

Commentaires

2 Comments

  1. That was a great interview, with lots of details about Utopia & Yan Weiling I didn’t know. (time between her pop beginning and her escape to Utopia). Thank you!

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