Musique

Interview d’Enno Cheng 鄭宜農

Artiste multi-talents (musique, cinéma, écriture,…) et figure bien établie de la scène musicale indépendante taiwanaise, Enno Cheng 鄭宜農 a sorti son premier album, le très bon Neptune, en 2011. Je vous avais déjà parlé d’elle l’année dernière au détour d’un Clip de la Semaine, en vous annonçant que je lui consacré un article plus détaillé. Finalement, c’est bien mieux que ça que je vous propose aujourd’hui, puisque Enno a gentiment accepté de me consacrer un peu de son temps pour une interview, que voici enfin. Bonne lecture.

Bonjour et merci d’avoir accepté cette interview. Pouvez-vous vous présenter pour les personnes qui ne vous connaissent pas ?

Je suis une chanteuse, une personne typique qui joue de la guitare acoustique et écrit ses propres chansons. J’aime beaucoup les gens, donc les paroles de mes chansons sont reliées aux émotions humaines. Cependant, beaucoup de gens disent que ces chansons dégagent un sentiment de solitude, probablement parce que je suis enfant unique ! Outre le chant, je joue, écris parfois des scénarios et des articles. Ceux sont quelques-unes des choses que j’aime vraiment faire.

Pouvez-vous nous parler un peu de ce qui vous a amené à faire de la musique et le début de votre aventure musicale ?

Depuis que je suis petite, j’ai toujours aimé créer des sons. Tous les jours, je pensais sans cesse à la façon de transformer et de rendre le monde un peu plus bruyant petit à petit. Quand j’avais 15 ans, ma mère m’a donnée mon premier mini-piano et, avec, j’ai appris quelques accords très simples. J’ai commencé à apprendre à danser à partir de 7 ans jusqu’à l’enseignement secondaire supérieur.  À cause de certaines choses, j’ai arrêté de danser quand je suis entrée à l’Université. A cette époque, mon compagnon de chambre universitaire a appris à jouer de la guitare et j’ai souvent utilisé sa guitare pour jouer moi-même. Je ne m’attendais pas ce que je continue finalement à jouer de la guitare jusqu’à aujourd’hui, ce qui m’a amenée à commencer à écrire mes propres morceaux à ce stade. De plus, j’ai également été très chanceuse d’avoir rencontré White Rabbit Records. Avec leur coopération / aide, j’ai acquis la compréhension et la tolérance, deux traits qui font défaut à d’autres maisons de disques. Pouvoir travailler avec une équipe capable de gérer un large éventail de taches est la raison importante grâce à laquelle je suis capable de rester concentrée sur ce que je fais.

On vous a découvert en 2007 à travers le film Summer’s Tail. Vous jouez le personnage principal, Yvette Chang (avec une nomination aux 44th Golden Horse Awards), participez à l’OST et au script, le tout sous la direction de votre père. Pouvez-vous nous parler un peu de cette expérience ?

En fait, depuis que j’ai 15 ans, j’ai toujours consulté mon père pour de l’aide. Avoir l’assurance de mon père sur des sujets a toujours été important pour moi. Durant le tournage de Summer’s Tail, j’ai réalisé pour la 1ère fois que j’avais beaucoup d’idées qui n’étaient pas les mêmes que lui. Par conséquent, nous avons eu des différends, mais nous en avons aussi tiré une meilleur compréhension l’un de l’autre. Rejoindre Summer’s Tails est un point de départ très important pour moi. Cela m’a aidé à mûrir en tant que personne. Même jusqu’à présent, j’ai toujours remercié mon père de m’avoir donné cette occasion.

En aout 2011, vous sortez votre premier album, Neptune (chez White Rabbit Records). Pouvez-vous nous le présenter et nous en parler un peu ?

Mon premier album, Neptune, est composé de morceaux auxquels ont contribué de nombreux groupes / artistes indépendants : Aphasia, Cicada, Chuan Qiu Sha, Shy Kick Apple,… Chaque artiste / groupe est différent. Donc, au final, c’est un album avec des variétés d’éléments et de niveaux. Ces chansons sont une accumulation de travaux sur lesquelles j’avais commencé à travailler il y a quatre années. Pour résumer, ils sont remplis de vie. J’espère pouvoir utiliser ce moyen pour supprimer la distance entre les gens. Même si c’est seulement le temps d’une seule chanson, si nous sommes capables de laisser aux gens des souvenirs partagés pour qu’ils se rendent compte qu’ils ne sont pas seuls, alors ça sera vraiment super !

Quels sont les sujets de vos morceaux ? Où trouvez-vous l’inspiration ?

Chaque chanson parle d’expériences personnelles, mais elles ne sont pas toutes négatives. Mais ces expériences personnelles ne me sont pas uniquement propres, il peut y avoir beaucoup de gens qui ont eu les mêmes expériences ou sentiments. Ma source d’inspiration vient des gens autour de moi, comme notre amour les uns pour les autres et les expériences / sentiments, puis à travers la musique, trouver la résonance du monde.

Parlez-nous un peu de votre processus créatif.

Ecrire des chansons est comme la vie. Comme généralement j’essaye de me souvenir de tous les petits détails, quand je joue de la guitare je mets ces sentiments dans ma musique. Bien sur, ce n’est pas toujours fructueux. Seulement si c’est absolument nécessaire je ne me force jamais à écrire des chansons. Je pense que c’est quelques choses où je dois totalement sentir la joie de vivre. Nous devons chérir ce bonheur, mais aussi parce que jouer de la guitare et à écrire des chansons deviennent une partie de la vie, jusqu’à présent je n’ai jamais cessé de créer.

Comment décririez-vous votre musique ?

Beaucoup de gens disent que ma musique est très agréable bien que je ne sois pas totalement d’accord avec ça. Je veux exprimer les sentiments qui sont tirées de mon cœur, des sentiments sincères. Ces textes ne doivent pas toujours être forcément agréables ? La musique est pareil, elle vient du cœur, non pas parfaite, mais très puissante.

Quels sont vos artistes favoris ?

Il y a tant d’artistes que j’aime mais je n’ai pas réellement d’artiste favori.  Mais si vous parlez d’admiration d’un artiste, en ce moment l’album que j’aime vraiment est Let England Shake de PJ Harvey.

Dans votre dernier MV, en plus de la présence d’acteurs célèbres et de la participation de votre père, vous avez dirigé le tournage. Comment cela s’est déroulé ?

C’était super cool ! J’ai tourné le MV avec une équipe composée de personnes avec qui j’ai travaillé en étroite collaboration, ainsi qu’invité de grands acteurs. J’ai vraiment beaucoup apprécié et filmer fut comme des vacances pour moi (parce que ce n’était pas réellement des « vacances », mais faire quelque chose en plus de ma musique, en dehors de mon cadre de travail habituel, est quelque chose que j’ai apprécié). J’aime observer les images, ainsi que créer leurs propres compositions et atmosphères. Et si je suis appelée pour le tournage d’un autre MV, s’il y a une chance, je voudrais essayer de nouveau.

Pouvez-vous nous expliquer vos  choix artistiques sur ce MV ? Que signifie l’évolution des sentiments des protagonistes durant le MV ?

La chanson s’appelle « Fear of losing you (還是會害怕失去你) » donc je voulais tout particulièrement interpréter la « peur ». Dans ce clip, j’ai invité Mo Ziyi 莫子仪 et Lu Yi Jing 陆奕静, avec qui j’avais déjà travaillé auparavant. Ils sont fantastiques. Je pensais que ce serait très intéressant qu’ils interprètent leurs craintes. Quant à mon père, parce qu’il a toujours rêvé de devenir acteur (précisément un meilleur comédien), je l’ai l’invité à se joindre à nous, et cela nous a donné également l’occasion de faire l’expérience d’un échange des rôles (rires). En fait, j’ai l’impression d’avoir filmé « tout le monde ». Vous et moi sommes toujours si pur sans la peur, mais aussi peu à peu comprendre toutes les sortes de sentiments de la peur. Nous ne voulons pas perdre l’autre, mais nous nous perdons souvent nous-même, je voulais présenter cet aspect.

http://www.youtube.com/watch?v=mOU52qkxeVI

J’ai eu le plaisir d’interviewer Cicada, un groupe avec qui vous avez collaboré. Pouvez-nous parler un peu de cette collaboration ?

Très intéressant. À chaque fois que nous jouions ensemble, ils me parlaient de leur terminologie musicale. Je ne comprenais pas tout à fait, mais au fil du temps, j’ai commencé à adopter une approche plus structurée pour construire une chanson. Cela m’a vraiment beaucoup aidée. Mais pour être honnête, j’espère vraiment qu’ils pourront faire ça un peu plus facilement. (rires)

Quel est votre point de vue sur le marché musical taiwanais (indie ou major) ?

Dans notre génération, les musiciens indépendants sont heureux. La musique indépendante a été universellement acceptée, jouer avec un groupe n’est plus un « emploi impropre » (les parents des parents actuels semblaient penser que oui). Nous pouvons trouver un peu partout dans la rue des jeunes gens avec des instruments de musique, et parce que la scène grandit de plus en plus, les jeunes groupes ont réalisé qu’ils peuvent gérer leur propre « carrière musicale ». Dans cette environnement, vous devez toujours avoir des idées innovantes, et maintenir l’enthousiasme et la curiosité pour tout, sinon ce n’est pas drôle.

Parlez-nous un peu du statut d’artiste indépendant à Taiwan. Est-ce difficile ? Comment gérez-vous ça ? Est-ce facile pour vous de trouver des places pour jouer et vous faire connaitre du public ?

Comme je le disais précédemment, en fait, en réalité ce n’est pas difficile, et avec un réseau bien développé, aussi longtemps que vous montrez pleinement vos caractéristiques propres, en ajoutant un peu d’auto-promotion, attirer l’attention devient une chose très facile. La chose la plus importante est de « maintenir l’enthousiasme et la curiosité », ainsi que rencontrer une bonne société de courtage (rire).

La musique asiatique est de plus en plus reconnue à l’international avec les influences de la musique japonaise et coréenne. Pensez-vous que la musique taiwanaise peut s’exporter ?

Je ne suis pas familière de la musique coréenne, mais la musique japonaise, mainstream et indépendante, sont plus précoces que nous depuis plusieurs années, et ont développé des caractéristiques nationales fortes du genre. Je pense que maintenant Taiwan est bien établi, mais dans un avenir proche, tous les coins du monde pourront entendre notre musique. Je suis très fière de dire que je pense que la scène musicale indépendante taiwanais a le potentiel pour accomplir cet exploit.

Pour les gens qui découvriraient votre musique avec cette interview, quel morceau leur recommanderiez-vous pour ce faire une idée de votre musique ?

Sun 太陽. Les paroles expriment les désirs de l’espoir pour se réchauffer l’un l’autre. Je sens que ma musique n’est pas toujours aussi optimiste, gaie, mais dans tous les cas elle a une grande chaleur.

Quelles sont vos futurs projets ?

Monter un groupe ! J’espère pouvoir faire un nouvel album l’année prochaine.

Avez-vous un message pour vos fans français et aimeriez-vous venir jouer en France ?

Bien sûr, j’espère y aller s’il y a une chance (je n’ai jamais été en France). Mais j’ai entendu dire que les Français sont particuliers lorsqu’il s’agit de leur choix de vêtements, je suis un peu nerveuse à ce sujet. Espérons que mes amis français puissent aimer ma musique, et aussi profiter de cette occasion pour en apprendre davantage au sujet de Taiwan. Nous sommes une nation très passionnée, douce, facile à satisfaire, mais très ferme. Et nous sommes un pays souverain et indépendant (c’est très important !).

Remerciements à Enno Cheng, KK, 何錦淮, Mylène et Karen Pang.
Si des tournures de phrases ou des points vous semblent bizarres n’hésitez pas à me le signaler.

interview-enno-cheng-illustration

Commentaires

4 Comments

  1. merci pour cette interview. , mais je ne saisi pas le sens de cette phrase « les vêtements doivent être portés de façon très particulière, »

    cela demande un peu plus de détail … à méditer, merci est bonne fête

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  2. […] Miaou, Yuyutopia, Sandee Chan, French Cheese, MONSTER CAT, Winterplay, Wanting Qu et Enno Cheng), clips de la semaine, découvertes et autres (trop rares) reviews. Merci beaucoup. Je ne ferai pas […]

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  3. Effectivement, ma traduction était un peu hasardeuse. Je l’ai retouchée 😀

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  4. […] pu apprécier Hush!, Enno Cheng 鄭宜農, que vous devez maintenant mieux connaitre si vous allez la récente interview que j’ai eu le plaisir de réaliser avec elle, ainsi que Misi Ke 柯泯薰. Et comme […]

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