Histoire

[Histoire] Comment Taiwan a failli être vendu à la France

Ce qu’il y a de bien avec l’Histoire, c’est qu’elle regorge de petites histoires et anecdotes, toutes plus intéressantes les unes que les autres. Aujourd’hui, la petite anecdote que je vais vous raconter concerne la France, Taiwan et le Japon. Et derrière ce titre racoleur de « Comment Taiwan a failli être vendu à la France » je vais revenir sur un événement de l’Histoire qui aurait pu voir Taiwan être achetée par la France à la fin du XIXème siècle.

Un peu d’histoire

1884, nous sommes en pleine guerre franco-chinoise (1881-1885). La France, après l’attaque surprise de la colonne française à Bac-Lé par la Chine au mois de juin, attaque le nord de Taiwan début aout, en bloquant les ports de Keelung et Tamsui. Malgré le fait que les forces françaises arrivent à poser pied à Keelung, le 5 août, elles doivent se replier en mer dès le lendemain, suite à l’arrivée massive de troupes impériales chinoises. L’armée française revient en octobre de la même année. Le 1er elle arrive à mettre en place une tête de pont durable à Keelung. Dès le lendemain, Tamsui se trouve sous le feu des navires français, mais le débarquement des troupes, le 8 octobre, est un échec cuisant. Mais Keelung reste sous contrôle français. L’année suivante, le 29 mars 1885, l’armée française s’empare des îles Pescadores, au large de la côte ouest de Taiwan. Du côté de Keelung, toujours sous contrôle français, après de multiples escarmouches, et notamment deux succès tactiques remarquables, un accord est passé entre Liu Mingchuan et l’Admiral Lespès, le 17 juin, avant que les troupes françaises ne se retirent de la vile le 22 juin. Il en sera de même pour les îles Pescadores le 22 juillet.

Taiwan vendue à la France ?

Après ce très rapide, et loin d’être indispensable, retour sur des événements méconnus de l’histoire de France, même si se déroulant à l’autre bout du monde, je vais enfin vous parler de la petite anecdote, encore plus méconnue que le paragraphe d’au-dessus, qui aurait pu faire de Taiwan une colonie française. Rien que ça. Petit bon dans le futur du passée. Nous sommes maintenant en 1897, et Taiwan est depuis deux ans sous domination japonaise. La résistance de la population locale est alors très forte, l’armée japonaise peinant à faire respecter sa loi. Sans parler du climat hostile de l’environnement, chaud et humide, qui fait des ravages dans les rangs de l’armée nippone. Par exemple, les multiples maladies infectieuses, comme le paludisme et la peste, ont fait des dégâts humains trente fois supérieur à ceux des combats. Occuper Taiwan coûte donc cher, très cher, autant humainement que financièrement, puisque sur ce dernier point la balance de l’occupation de île est là aussi très négative.

La Diète japonaise se pose alors la question de l’avenir de Taiwan et l’éventualité de vendre l’île à… la France, et ce pour un montant de 100 millions de Yens (de l’époque). Mais le vicomte Kodama Gentarō s’oppose vivement à cette vente en argumentant le fait que l’île est un emplacement stratégique très important, véritable bouclier pour le sud du Japon et arrive à convaincre la Diète de donner une chance à cette occupation. Le 26 janvier 1898, il devient le quatrième Gouverneur-Général de l’île, prenant la suite de Maresuke Nogi. Son mandat sera marqué par des améliorations importantes au niveau des infrastructures de l’île ainsi que des conditions de vie des habitants. Devenu général, il restera en poste jusqu’au 15 avril 1906, avant de mourir à Tokyo, trois mois plus tard, le 23 juillet. Son nom est connu de par son importance dans la création de l’armée japonaise moderne.

Une passionnante uchronie

Bref, même si l’Histoire ne retiendra ce passage que sous la forme d’une anecdote, il peut être assez amusant et intéressant de réfléchir et d’imaginer l’évolution qu’aurait pu avoir Taiwan si l’île était devenue française en 1897. Qu’auraient mis en place les français en terme d’infrastructures et de développements ? Quel aurait été l’accueil de la population locale ? Que serait-il advenu du pays en 1945 ? Et si Chiang Kai-chek n’avait pu se replier sur l’ile en 1949 ? Sur le papier, cet événement, comme tous ceux de ce genre il est vrai, aurait pu avoir des répercutions historiques tentaculaires. Un point de départ superbe, et complétement inexploré, pour une possible uchronie.

Sources : Taiwan Bar, ET Today, SET Taiwan, Wikipedia.

Commentaires

2 Comments

  1. Oui, cette histoire est curieuse. Je l’avais déjà entendue il y a quelques années dans une émission de France Culture consacrée à l’histoire de Taïwan. Un historien Taïwanais dont je ne me souviens plus du nom, avait même alors précisé qu’une mission française était venue sur place pour évaluer l’intérêt de la proposition japonaise de cession de l’île. Selon son témoignage ce sont les français qui l’auraient refusée, jugeant la rentabilité potentielle de sa colonisation trop aléatoire. Mais votre version (refus de la Diète) est peut être concomitante et donc également vraie. A l’époque je m’étais plu comme vous à imaginer ce qu’aurait été la suite de l’histoire. Taïwan serait en effet devenue en partie francophone et, dans le mouvement de décolonisation d’après guerre, serait sans doute devenue indépendante…

    Répondre

  2. @RR Merci pour ces informations. Effectivement, j’ai aussi lu quelque part que les français avaient refusés cette proposition, mais la majorité des sources sur le sujet que j’ai trouvées parlent du refus de la Diète de céder l’île. En tout cas je vais essayer de me renseigner un peu plus concernant la position française par rapport à ce possible « achat ».

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

*